LE LIVE

15.05.2018

Chasseur-cueilleurs d’informations, organisés en tribus nomades, artisans minutieux vivant de troc et de dons, philosophes à mi-temps s’exprimant souvent en idéogrammes. La préhistoire ? Non, le portrait-robot des habitants de la société numérique.

Par Thierry Aoudja

Article paru dans le numéro d'avril 2018 de la revue Médium (Ed. Gallimard)

Le mot révolution connaît, ces derniers temps, un regain insensé. À tel point qu’en définitive ce terme ne signifie plus rien. Sinon l’apparition d’une quelconque innovation techno-sociétale qualifiée, depuis peu, de disruptive — terme mainstream destiné à remplacer progressivement celui de révolution, jugé trop poussiéreux par l’intelligentsia du nouveau monde. « Une seule solution, la disruption ! » semble entonner en chœur l’« armée rouge » des néo-communicants.

D’un autre côté, révolution, du moins dans son sens premier, ne signifie pas non plus pagaille ni changement brusque et violent d’une structure politique, morale ou culturelle. Dans son sens premier, révolution, du latin, re-volvere, signifie « mouvement circulaire d’un objet autour d’un axe, le ramenant périodiquement à son point de départ », comme la révolution des planètes ou celle des électrons. Vu sous cet angle, une vraie révolution (à l’échelle de l’humanité) apparaît alors comme le résultat d’une force « copernicienne », provoquant un retour cyclique vers nos origines les plus lointaines — ou plus exactement, vers les paradigmes associés de ces origines.

Or, qu’en est-il de la révolution digitale ? Peut-elle être qualifiée de vraie révolution ? Accomplirait-elle ce fameux retour aux origines ? Et, de là, inclurait-elle secrètement les symptômes de paradigmes anciens, plus précisément ceux généralement associés à la préhistoire ?

Prenons les usages d’ordinaire apparentés aux sociétés paléolithiques : chasse, cueillette, nomadisme, tribalisme, art pariétal, etc. On pourrait par exemple se demander, successivement : « Dans quelles contrées virtuelles, trouverait-on, en ces temps postmodernes, la trace de quelque activité de chasseurs-cueilleurs ? Assisterait-t-on, au XXIe siècle, à un regain de nomadisme ? Le retour d’une nouvelle forme de tribalité serait-il à l’ordre du jour ? Sur nos écrans digitaux, verrait-on ressurgir un semblant de langage idéogrammique ? Reviendrait-on à une économie de troc ? Enfin, et surtout : philosopherait-on aujourd’hui sur les questions existentielles que se posaient les premiers hommes ? Notamment, la question de l’Être ?

C’est précisément à partir de ces oppositions (préhistoire vs modernité), ou plutôt, devrait-on dire, à partir de ces paradoxes, que nous allons découvrir qu’effectivement nous traversons en « direct live » ce qui pourrait s’apparenter à une vraie révolution.

 

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THIERRY AOUDJA, fondateur de trois minutes d'avance